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99 Homes : Révoltant !


Rick Carver, homme d’affaires à la fois impitoyable et charismatique, fait fortune dans la saisie de biens immobiliers. Lorsqu’il met à la porte Dennis Nash, père célibataire vivant avec sa mère et son fils, il lui propose un marché. Pour récupérer sa maison, sur les ordres de Carver, Dennis doit à son tour expulser des familles entières de chez elles.

  • Réalisateur(s): Ramin Bahrani
  • Acteurs principaux: Andrew Garfield, Michael Shannon, Laura Dern
  • Date de sortie: 18/03/2016 en e-cinema
  • Nationalité: Américaine

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Même si « 99 homes » a remporté le Grand prix au Festival de cinéma américain de Deauville l’an dernier, et si Michael Shannon a été nommé aux Oscars dans la catégorie « meilleur acteur dans un second rôle », le film est malgré tout privé d’une sortie en salles chez nous, et le film n’est disponible qu’en e-cinema (c’est à dire en vidéo à la demande) depuis le 18 mars dernier, comme malheureusement de plus en plus de films à petit budget ne parvenant pas à trouver de distributeur ou craignant un trop gros échec au box-office.

Quelques semaine seulement après la sortie du film « The big short, le casse du siècle » qui traitait de l’émergeance de la crise financière de 2008, « 99 homes » s’inscrit dans la même lignée, mais son cinéaste Ramin Bahrani pose son regard à l’échelle humain, au travers de familles entières jetées de leur maison, pour des prêts qu’elles n’ont pas pu payer intégralement.

C’est ainsi que le film cette famille centré sur Dennis Nash, qui vit avec sa mère et son jeune fils Connor, et qui vont se retrouver du jour au lendemain mis à la porte par le véreux personnage Rick Carver, leur demandant de prendre leurs effets personnels en deux minutes seulement. Le cinéaste Bahrani a la maligne idée de se positionner des deux côtés de la barrière, d’un côté, cet homme d’affaires intraitable et sans cœur, et de l’autre ces familles virées de elles sans ménagement. Pour pouvoir survivre et avoir une chance de récupérer sa maison, Dennis Nash va devoir conclure un pacte avec le diable et va proposer ses services au même homme qui l’a dépossédé de sa maison. Après avoir commencé comme homme à tout faire (en réalisant des travaux de plomberie ou de réparation diverses dans les maisons nouvellement vides, ou même chez Rick Carter), Dennis va ensuite peu à peu devoir faire le même travail odieux et terrifiant en devant expulser d’autres familles. Cela n’évitera pas certaines conséquences (Dennis cachera à sa famille ce « nouveau job », ou encore il aura du mal à éviter l’affrontement avec une autre famille qu’il a lui même expulsé et qui va se retrouver dans le même motel que lui et sa famille).

« 99 homes » pose un vrai dilemme moral (faut-il quelque chose qui nous rebute même si cela peut nous permettre de gagner beaucoup d’argent ? Ou faut-il vivre de ce que l’on aime faire même si cela nous empêche de nous en sortir réellement?), et pose un regard acide sur cette crise des subprimes dans cette société américaine en pleine crise financière (certes) mais aussi morale. La description d’un monde où la morale et l’honnêteté d’un côté et la survie économique de l’autre sont de plus en plus incompatibles est la grande force du film, où les interprétations impeccables du duo Andrew Garfield et Michael Shannon apportent une cohérence et un concentré à l’ensemble. Ajoutons également la performance plus sous-exploitée mais non moins convaincante de Laura Dern (connue pour avoir combattu des dinosaures dans « Jurassic Park »)

Même si le film n’est pas dénué de défauts, sa relative complexité (on se perd parfois dans les explications liées à la crise et aux prêts immobiliers), ses longueurs mais aussi son récit parfois trop plat manquant d’émotions, « 99 homes » est un drame passionnant et révoltant qui nous met dans la position plus que délicate de cet homme perdant tout du jour au lendemain.

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SCENARIO 71%
MISE EN SCENE 76%
ACTEURS 81%
BANDE SON 67%
PHOTOGRAPHIE 74%
APPRECIATION GENERALE 72%
Vote final

Exploitant à fond le registre de cette relation bourreau/victime, le film manque ainsi de nuances. Il n'en reste pas moins un drame réaliste et riche, très bien construit et souvent glaçant et pessimiste sur l'avenir, même si son final nous montre que l'honnêteté peut payer et prendre le pas sur l'argent. Au final, le final aurait largement eu sa place dans nos salles, au lieu d'une sortie en e-cinéma.

Note finale 73%