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9 mois ferme : notre avis


Bientôt en salle, le dernier nouveau-né d’Albert Dupontel, intitulé « 9 mois ferme ». Cette comédie met en scène Ariane Felder (Sandrine Kiberlain), juge d’instruction, femme de principes et célibataire endurcie. Cette dernière apprend qu’elle est enceinte… de 6 mois ! Elle n’en croit pas ses yeux, ne se souvient de rien et découvre que le père de l’enfant n’est autre que Bob (Albert Dupontel), un criminel toujours poursuivi pour une atroce agression ! Ariane va alors tenter de comprendre le pourquoi du comment…

On a vu le film en avant-première, voici ce que nous en avons pensé.

  • Réalisateur(s): Albert Dupontel
  • Acteurs principaux: Sandrine Kiberlain, Albert Dupontel, Nicolas Marié
  • Date de sortie: 16/10/2013
  • Nationalité: Française

 

"Sandrine est arrivé tard dans le casting. Aujourd'hui je n'arrive pas à imaginer quelqu'un d'autre dans le rôle. Ca veut dire que c'est celui qui l'attendait". Albert Dupontel au sujet de Sandrine Kiberlain, (interprète de la juge Ariane Felder), lors de la rencontre à l'avant-première au Forum des Images, Paris, octobre 2013.

« Sandrine est arrivée tard dans le casting. Aujourd’hui je n’arrive pas à imaginer quelqu’un d’autre dans le rôle. Ca veut dire que c’est celui qui l’attendait ». Albert Dupontel au sujet de Sandrine Kiberlain, (interprète de la juge Ariane Felder), lors de la rencontre à l’avant-première au Forum des Images, Paris, octobre 2013.

 

Ariane, à quelques heures de l'acoucchement...

Ariane, à quelques heures de l’acoucchement…

 

Oserais-je le dire… ? Au risque de m’attirer les foudres des fans et des inconditionnels d’Albert Dupontel, son dernier film, sur moi, ça n’a pas pris. Je crois même que si j’étais tombée dessus à la télévision, j’aurais zappé. J’y serais certainement revenue, mais j’aurais d’abord jeté un œil sur la programmation des chaînes concurrentes. Pourtant le public a beaucoup ri ! Mais comme c’est souvent le cas, on entend ceux qui crient mais jamais ceux qui se taisent. Je faisais partie de ces derniers. J’en serais presque désolée, de ne pas avoir adhéré au film ; bah oui ! Je l’aime bien moi Dupontel, c’est un chouette type, qu’a l’air sincère, doué dans son métier… Mais à la vu de la bande-annonce je m’attendais à me marrer du début à la fin. Il n’en a rien été. Pas de surprise non plus. J’ai juste esquissé quelques sourires.

D’abord, j’ai souvent lu que Dupontel était un as de l’humour noir. Là, je dirais que tout dépend de la définition qu’on en a. Car, étant moi-même une fana d’humour noir, j’ai trouvé qu’ici on frôlait presque le mauvais goût. Montrer un médecin légiste en plein travail dans son laboratoire, en train de martyriser un cadavre dans les tréfonds de ses chairs, à coups de bistouri, de scie et d’écarteur, de bruits de succion et de coagulation de sang, et de je ne sais quoi encore, le tout sous les yeux effarés et les hauts le cœur d’Ariane, c’est marrant deux minutes. On avait bien compris que cette femme pincée ne supporte pas qu’on déroge aux principes. Autant dans un film d’horreur cette scène prendrait tout son sens et ferait rire, à un moment de tension où on a enfin besoin de souffler, autant là elle traîne en longueur. On a cette impression gênante d’une accumulation de blagues mises bout-à-bout, auxquelles on aurait pu ajouter encore et encore d’autres blagues. Comme d’ailleurs lorsque Bob, le suspect, imagine différents scénarios qui le déculpabiliseraient du meurtre. C’est long, long, looooong ! Et s’entendre répéter tout au long du scénario que le criminel a mangé les yeux de sa victime, même lorsque l’allusion est brève, c’est rébarbatif. Les meilleures blagues sont les plus courtes. Sinon on finit par s’ennuyer et on frôle la gratuité. Il lui manque un truc à ce « 9 mois ferme », peut-être un dixième mois, une subtilité, une astuce, quelque chose dans la réalisation. Et puis, les quiproquos propres au théâtre de boulevard du genre « le spectateur sait une chose que les acteurs ignorent » (tin nin nin suspens),  m’ont toujours laissée de marbre. Perso, ce genre de scène vue, et revue, et re-revue ça me blase, je n’ai jamais été adepte. Y’en a qui adorent. Bon. Mettons. Le théâtre de boulevard on aime ou on n’aime pas. Pour moi, si ce procédé comique n’est pas bien exploité, c’est un énorme flop et autant vous dire que là, le film perd de gros points.

 

Albert Dupontel, dans le rôle de Bob, suspect numéro 1 d'un horrible meurtre.

Albert Dupontel, dans le rôle de Bob, suspect n°1 d’un horrible meurtre.

 

MAIS, car il y un mais, cela ma chagrine d’être si sévère. Car malgré tout on sent qu’il y a de l’idée, une envie de. Même si le résultat aurait presque un goût fadasse, il y a pourtant cette sauce en arrière-goût, qui elle mérite qu’on s’y attarde. Par exemple, à défaut d’humour, c’est la tendresse et les sentiments qui moi m’ont marquée dans ce film. Cette scène où Ariane planche sur le dossier du meurtrier présumé, tandis que silencieux, ce dernier la regarde et met tout son espoir en elle car sa vie se joue là, à cet instant précis. De cette séquence se dégage une atmosphère, une tension, une attente extraordinaires due au travelling rotatif de la caméra. Chaque fois qu’un élément du décor rempli le cadre, et qu’on passe au cadre suivant, quelques heures d’une journée sont passées. Le jeu de Dupontel et celui de Kiberlain sont parfaitement justes. Lorsque lui se penche par-dessus son épaule à elle, accoudé au fauteuil, pour la regarder travailler… Ca sent le feutré et l’intimité, la lumière et les couleurs sont chaudes et on entendrait presque, au loin, le « tic-tac » d’une horloge. Là oui, j’ai frissonné et j’ai eu la petite boule dans la gorge. Et il y en a d’autres des moments de plaisir comme celui-là ! Il y a aussi l’apparition de Jean Dujardin, en interprète de langues des signes aux JT, très drôle dans ce clin d’œil à son rôle muet dans The Artist. Il y a cette séquence, amusante, où Ariane visionne la soirée du Nouvel An avec les remarques potaches du gardien. Pour ces petites « séquences-bijoux », brillantes dans les 1h22mn que dure le film, j’aurais envie de voir Dupontel réaliser un scénario de sentiments, un vrai, un beau grand drame qui nous prenne aux tripes, au ventre et à la gorge. A défaut d’humour, il est habile pour capter les subtilités de l’être humain. Il pose un œil sur les gens comme si on les regardait à travers le trou d’une serrure. Il est là le potentiel à exploiter, plutôt (ou en plus) que le choix de la veine comique. D’ailleurs, Dupontel l’a dit lui-même lors de la rencontre après la projection « j’ai voulu faire un film sur une histoire d’amour ». Hé bien Albert, tu n’as plus qu’à. Mais un vrai film d’amour cette fois.

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Scénario 50%
Réalisation 60%
Jeu des acteurs 58%
Ambiance sonore 70%
Appréciation globale 50%
Vote final

Pas franchement hilarant, le dernier Dupontel m'a déçue. L'humour est souvent lourd et rébarbatif, le jeu des acteurs parfois dignes d'un téléfilm sur France 2 et la longueur de certaines séquences nous ennuie sincèrement. Malgré tout, de furtives lueurs s'échappent du scénario et concentrent à elles seule le plaisir que le reste du film ne procure pas ; on sent une certaine vision dans la réalisation, un travail sur l'intime, qui ne demande qu'à être abouti et pleinement exploité par Albert Dupontel.

Note finale 57%
Note des Lecteurs
1 votes
94