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45 ANS : Déchirant !


Kate et Geoff Mercer sont sur le point d’organiser une grande fête pour leur 45e anniversaire de mariage. Pendant ces préparatifs, Geoff reçoit une nouvelle : le corps de Katya, son premier grand amour, disparu 50 ans auparavant dans les glaces des Alpes, vient d’être retrouvé. Cette nouvelle va alors bouleverser le couple et modifier doucement le regard que Kate porte sur son mari…

  • Réalisateur(s): Andrew Leigh
  • Acteurs principaux: Charlotte Rampling, Tom Courtnay, Géraldine James
  • Date de sortie: 27/01/2016
  • Nationalité: Anglaise
Brillante Charlotte Rampling, une grande dame du cinéma...

Brillante Charlotte Rampling, une grande dame du cinéma…

 

Adaptation de la nouvelle de David Constantine, In another country, « 45 ans » est le second film du cinéaste britannique Andrew Leigh après avoir signé des épisodes de la série « Looking » mais surtout un très beau film « Week-end » qui raconte l’amour naissant entre deux hommes. « Week-end » et son nouveau film « 45 ans » ont comme point commun de traiter de la complexité de l’amour et de l’intimité entre deux personnages, comme l’explique le cinéaste : « Les risques qu’il y a à s’exposer émotionnellement à autrui ; la difficulté à être sincère au sujet de ses peurs. Je suis intéressé par la façon dont les histoires d’amour disent beaucoup de nous, de ce que l’on veut dans la vie et de la façon dont on veut être perçu. » Et pourtant, même si les deux films traitent d’un sujet parallèle, « 45ans » se veut être l’inverse narratif de « Week-end », ici il ne s’agit pas d’une rencontre furtive étalé sur trois jours, mais l’histoire d’un couple marié depuis 45 ans. Si l’on était presque dans la course contre la montre et dans cette accélération des sentiments dans son précédent film, nous sommes plus ici dans le mouvement inverse, à savoir un délitement progressif très lent des sentiments, lié à la découverte du corps de l’ancienne compagne de Geoff, celle avec qui il aurait dû se marier.

Andrew Leigh continue à construire son récit en divisant son histoire en journées, au lieu du week-end, ici, il nous montre une semaine dans la vie de ce couple bien installé en pleine campagne, le film se déroulant du lundi au samedi, ce dernier jour étant le jour de la grande fête d’anniversaire de mariage entre les deux personnages. Le film a d’abord la bonne idée de démarrer par des diapositives qui passent, comme pour montrer une mélancolie lancinante et des souvenirs qui passent. On rentre tout de suite dans le drame ensuite, dès le lundi, avec cette lettre faisant part à Geoff de la découverte du cadavre de son ex-compagne. Le film débute à peine que le spectateur se retrouve immergé à la place de Kate, le point de vue qui intéresse le plus le cinéaste. Par des petis détails, comme par exemple, elle sert un verre d’eau au robinet juste avant la révélation, puis de l’eau chaude dans la bouilloire juste après, cette jalousie monte progressivement. Même chose avec le motif du livre choisie parmi plein d’autres par Geoff. Le film s’appuie à montrer à la fois le parrallèle le choix d’un homme de choisir une autre femme, dont on se demande si elle n’est pas son second choix. Du point de vue de Kate, cette question l’assaille petit à petit : si Katya aurait encore été vivante, Geoff l’aurait t-il épousé ? Et si son mariage de 45 ans reposait sur un accident ?

D’une grande sensibilité, « 45 ans » nous montre comment une révélation déterre des secrets, comment il est difficile pour un couple de se connaître parfaitement. La scène d’amour (mardi soir) est à la fois comique (tant ils ressemblent à deux adolescents dans leurs maladresses, comme le dit Kate « Nous n’avons plus 20 ans ») et terrible, car finalement les choses empireront par la suite. Le cinéaste explique : « La scène intervient à un moment du film où tout aurait pu s’arranger. Cela aurait pu être un magnifique moment pour tous les deux qui aurait pu les rappeler combien ils s’aiment. Maus ça ne se passe pas comme ça. C’est un moment clé car à partir de là, les choses empirent ».

Même si le film comporte pas mal de longueurs, « 45 ans » est sublime dans sa mise en scène, avec un détachement entre l’intérieur et l’extérieur d’un lieu comme pour souligner le fossé qui se creuse entre Kate et Geoff. Une nouvelle révélation va renforcer les doutes de Kate et provoquer un règlement de comptes, qui doit déboucher sur un recommencement. Absolument incroyable et touchante, l’actrice britannique Charlotte Rampling (nommée aux Oscars de la meilleure actrice pour ce rôle) excelle dans son jeu fait des doutes qui s’emparent d’elle. Incontestablement, une grande dame du cinéma…Glaçant, ce mélodrame tout en retenue est une réussite, tant il délivre un message fort et original sur l’amour qui dure. Le final (la fête d’anniversaire de mariage) amené avec délicatesse et maestria est absolument déchirant tout en laissant le film en suspension. Rupture du couple ou nostalgie et regret d’une vie mal choisie, chacun en tirera sa propre interprétation.

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SCENARIO 83%
MISE EN SCENE 85%
ACTEURS 87%
BANDE SON 72%
PHOTOGRAPHIE 86%
APPRECIATION GENERALE 85%
Vote final

D'une grande subtilité, "45 ans" est un film brillant qui parvient à capter une déliquescence de la confiance, le ciment du couple. Portrait déchirant d'une femme interprétée par une immense Charlotte Rampling, qui nous trouble dans son choix final, entre rupture confirmée ou regret d'une vie mal choisie...

Note finale 83%