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1:54 : Le harcèlement scolaire en questions


À 16 ans, Tim est un jeune homme timide, brillant, et doté d’un talent sportif naturel. Mais la pression qu’il subit le poussera jusque dans ses derniers retranchements, là où les limites humaines atteignent le point de non-retour.

 

  • Réalisateur(s): Yan England
    • Acteurs principaux: Antoine-Olivier Pilon, Sophie Nélisse et Lou-Pascal Tremblay
  • Date de sortie: 15/03/2017
  • Nationalité: Canadienne

« 1:54 » est le premier long-métrage de l’acteur/réalisateur/producteur et animateur de télé québecois Yan England, qui avait reçu une nomination à l’Oscar du meilleur court-métrage en 2013 avec « Henry ». Le film nous donne également l’occasion de retrouver le jeune comédien canadien Antoine-Olivier Pilon, révélé en 2014 dans le tourbillonnant « Mommy » de Xavier Dolan, où il incarnait un ado aussi violent qu’attachant. Le film a remporté bon nombre de récompenses à travers le monde, dont la mention spéciale du jury au Festival international du film indépendant de Rome ou encore le prix du jury étudiant et du meilleur acteur au Festival d’Angoulême. Pour son premier film, Yan England aborde le sujet du harcèlement à l’école sur fond d’homophobie, un sujet sensible qui a attiré l’oeil de nombreuses classes au Canada qui décidèrent de projeter l’oeuvre pour susciter la parole. Une initiative qui a plu au cinéaste qui a déclaré : « Je suis content que les écoles voient le film parce que je sais que c’était le souhait des jeunes, des enseignants et des parents d’élèves que j’ai rencontrés depuis la sortie du film. J’ai reçu de nombreux témoignages depuis la sortie et j’ai pu constater à quel point 1:54 ouvre le dialogue sur le problème de l’intimidation à l’école. »

« 1:54 » qui doit son nom au temps que doit réaliser le héros aux 800 mètres pour participer aux championnats nationaux, est un savant mélange entre film sur le sport et sur le harcèlement. Fait assez rare, la bande annonce avait su nous préserver d’éléments capitaux du film et nous entraînait uniquement dans la direction d’un récit autour de l’exploit sportif. Yan England parvient constamment à brouiller les pistes, puisque l’on découvrira que cet réengagement soudain de Tim pour l’athlétisme (qu’il avait pratiqué plus jeune) n’est qu’un prétexte pour masquer ses tourments psychologiques et n’est qu’une toile de fond. Le film commence en nous présentant cette amitié entre Tim et Francis, deux lycéens passionnés par la chimie et les explosifs artisanaux. Ce goût en commun pour les explosions sert de métaphore à leur relation. Francis est secrètement amoureux de son meilleur ami et se fait malmener par ses camarades de classe pour son orientation sexuelle. Tandis que Tim se révèle troublé par ses nouveaux sentiments.

En maniant les genres avec intelligence, « 1:54 » va basculer d’une manière inattendue (et dont je vous préserverai la surprise). Tim va devenir le bouc émissaire de sa classe, et notamment de Jeff, le sportif de la bande. Pour sortir de son mutisme, il va venir l’affronter sur son terrain, celui du 800 mètres, où Tim va s’entraîner sans relâche pour le battre. Mais lors d’une soirée, tout va basculer lorsque Tim va faire une erreur. Une nouvelle fois, Antoine-Olivier Pilon est bluffant dans un rôle aux antipodes de « Mommy » où il incarne un ado beaucoup plus renfermé et intériorisé. Le film aborde le harcèlement scolaire d’une manière réaliste où s’ajoute désormais les réseaux sociaux qui démultiplient les risques. Plus aucun refuge ne protège Tim, et dont son père semble lui aussi dépassé par la situation. L’illustration du harcèlement se résumant à cette phrase finale « C’était juste une blague » traduit la spirale infernale dans laquelle est enfermée le personnage. On mettra quelques bémols au film, comme une application un peu trop scolaire et un final un peu précipité et un brin excessif. On aurait aussi aimé un peu plus de clarté sur le piège dans lequel tombe Tim. Cependant, « 1:54 » est un drame convaincant qui devrait être montré dans tous les lycées français et mérite d’ouvrir le débat sur le harcèlement scolaire.

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SCENARIO 78%
MISE EN SCENE 80%
ACTEURS 87%
PHOTOGRAPHIE 88%
BANDE SON 83%
APPRECIATION GENERALE 77%
Vote final

Remarquable dans sa manière d'explorer le harcèlement et l'homophobie, « 1:54 » est un drame puissant, touchant et réaliste, abordant la recherche de l'identité et du danger des réseaux sociaux agissant comme une caisse de résonance. Antoine-Olivier Pilon et Lou-Pascal Tremblay apportent avec leur très bon jeu d'acteur une réelle épaisseur et font oublier les quelques défauts scénaristiques. Très bon pour un premier film !

Note finale 82%