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Les sans-espoir – Ressortie le 11 Novembre [Notre avis]


Alors que le fascinant « Fils de Saul » sortira sur nos écrans le 4 Novembre prochain, un autre grand classique hongrois ressortira en salle le 11 Novembre. Présenté à Cannes en 1966 (et présent dans la sélection Cannes Classics cette année), « Les sans-espoir » est un classique, qui mérite qu’on s’y intéresse.

Budapest, 1869. En ces temps de disette, les crimes et les vols se multiplient. Le peuple, accablé par un pouvoir impitoyable, chante encore la rébellion des sans-espoir, qui ont défié l’autorité en participant à l’insurrection de 1848. Les derniers partisans, devenus brigands, sont pourchassés par le comte Gédéon Roday, le commissaire général qui a juré de les exterminer par tous les moyens. L’action prend place dans un fortin isolé où sont regroupés des paysans soupçonnés de faire partie des sans-espoir.

 

Nous avons eu la chance de pouvoir visionner ce film, et je vous livre mon avis. Si je ne connaissais pas du tout ce pan d’histoire, le parallèle que l’on peut y établir avec l’actualité (et les révoltes populaires éclatant un peu partout, en Europe et au Moyen-Orient) est assez fascinant. Le film commence avec une dureté et une sobriété mécanique, on y voit des images fixes d’armes en tout genres, avec l’hymne allemand, chantée par une armée vraisemblablement. « Les sans-espoir » met en lumière un système d’oppression exercée par le pouvoir austro-hongrois sur des paysans hongrois, ayant combattus le régime. 

D’une sobriété désarmante, « Les sans-espoir » gagne véritablement à être vu ! D’un point de vue de la mise en scène de Miklos Jancso tout d’abord : un cadrage impeccable, un jeu sur la profondeur de champ donnant une lumière absolument magnifique (le film se déroule dans les steppes hongroises) et un sens des séquences (des plans-séquences à la fois terrifiants et froids). Le récit, déployé par Jancso, laisse place à un écrasement de l’identité par la masse, absolument glaçant, en témoigne ce dilemme proposé à l’un des prisonniers qui doit trouver un camarade ayant tué plus d’officiers du régime que lui, sinon il sera pendu ! D’une cruauté abjecte (jusque son final en guise de coup de théâtre coupant tout espoir), « Les sans-espoir » ne sombre jamais dans le pathos en restant du début à la fin austère et âpre (même si l’on peut regretter un léger manque d’émotion, entre le trop plein et le pas assez, peut-être aurait il fallu trouver un point d’équilibre). Mis à part cela, le film de Jancso est terrible de réalisme, superbement filmé, dans un noir et blanc élégant et aride. Refusant le montage, le cinéaste avait notamment exprimé son goût pour les plans-séquences : « Si je rejette le montage, c’est parce qu’il postule une tension vers le public, qu’il agresse le public. Alors que les plans longs sont beaucoup plus respectueux du public, lui laissant le temps de réfléchir tandis que l’action se déroule. »

Alors que la fin du film se clôt par le même hymne allemand que son ouverture, mais instrumentalisé de manière différente, il met son récit entre parenthèses, comme pour isoler ce pan de l’histoire méconnue du XIXème siècle, pour qu’elle ne reproduise jamais. Pour son récit glaçant, sa photographie impeccable et son discours qui fait le parallèle avec le présent, « Les sans-espoir » est incontestablement un film à voir (ou revoir), encore plus, dans sa copie restaurée !!

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