Actualités

Festival international du film d’Amiens 2016 : Résumé de la journée du Jeudi 17 Novembre


Dernière journée du FIFAM (pour moi) car le Festival ne se termine que samedi ! Et aujourd’hui, grosse particularité, je consacre ma journée à un format bien particulier, qui est souvent snobé : le court-métrage (ou son jumeau le moyen-métrage). Après avoir présenté les Lutins du court-métrage à 3 reprises, je suis attaché à ce format, qui a souvent permis aux cinéastes (même aux plus connus) d’émerger et de se faire connaître pour ensuite passer au long-métrage.

10h : Compétition moyens-métrages : CLITOPRAXIS et LE SOLDAT VIERGE

Clitopraxis

Clitopraxis

Après les deux grosses déceptions du premier programme de moyens-métrages, place au second programme, qui aborde une thématique commune : celle de l’amour et du sexe.

Clitopraxis d’Emmanuel Laborie : Une nuit, Thomas découvre l’existence de son clitopraxis : un organe sexuel commun, dont il était visiblement le seul à ignorer l’existence… Il se lance dans une enquête sur lui-même et son ignorance coupable.

Le soldat vierge d’Erwan Le Duc : Deux soldats, Daniel et Jérôme, fuient une guerre que nous ne voyons pas et dont nous ne savons rien. Jérôme est salement blessé, il va mourir, il le dit, il le sait, il a peur. Alors Jérôme souffle à Daniel une dernière volonté : il ne veut pas mourir puceau. Il veut mourir aimé…

2 moyens-métrages qui parlent de sexe…mais sans jamais vraiment le montrer. Dans « Clitopraxis », on suit l’errance psychologique de Thomas découvrant son organe sexuel caché.  En noir et blanc, ce film décalé surprend par son ton, mais dommage que l’amour revienne parasiter le message principal du film, avec les tenants et aboutissants de cette découverte sensuelle et érotique mis totalement de côté. De la même manière, « Le soldat vierge » commence de manière extrêmement originale sur ce soldat mourant demandant à son ami soldat de lui faire l’amour. Un récit qui pourrait amener beaucoup plus de situations de drôlerie teinté de noirceur, mais qui préfère là encore miser sur le verbal et le poétique. En fait, le souci de ces deux films est leur trop grande pudeur alors que leur histoire avait un sujet en or. On retiendra toutefois les interprétations des comédiens principaux dans les deux films, même chose sur leur photographie très réussie.

Place ensuite aux courts-métrages européens en compétition avec les 2 programmes l’un après l’autres, très bonne idée de programmation du festival, car cela permet d’avoir tous les films en tête de mieux définir son choix. Pour vous parler des 10 courts-métrages, j’ai décidé de faire un TOP 10 en partant du moins réussi (à mes yeux) au plus convaincant :

10 – ASCENSAO (Pedro Paralta, Portugal)

Aux premières lueurs du jour, un groupe de paysans tente de remonter d’un puits le corps d’un homme. Le temps est compté. Les femmes veillent en silence, tandis que les hommes épuisent leurs dernières forces. Au centre de tout : une mère attend le corps de son fils. L’attente cesse. Le corps émerge des profondeurs de la terre. Comment la vie peut-elle s’arrêter si dans la nature tout renaît infiniment ? Le soleil inonde l’horizon. Une nouvelle journée s’annonce

C’est ce qui s’appelle LA croûte du festival ! Il en faut et il y’en a toujours une, c’est tombé sur ce court-métrage portugais, quasiment sans dialogues et qui malgré la photographie soignée, est d’une lenteur insupportable, teinté d’une vacuité évidente…

9 – TIME RODENT (Ondrej Svladlena, République tchèque, France)

Alors que notre civilisation atteint ses limites, le soleil disparaît. Un nouveau mode de vie émerge dans lequel des êtres humanoïdes vendent leurs peaux pour doter leurs corps de boules lumineuses. Un être, ressemblant à un rongeur, visite ce monde en mutation accélérée en utilisant au passage ses déchets…

Time Rodent est marqué par un très beau travail visuel misant sur la modernité. Mais le récit est totalement incompréhensible, je n’ai strictement rien compris à ce méli-mélo fantastique sans queue-ni tête…

8 – SUPERBIA (Luca Toth, Hongrie/République tchèque/Slovaquie)

Le peuple indigène de cette terre surréaliste qu’est Superbia, où les femmes et les hommes vivent en communautés séparées, se confronte aux mutations inaugurées par le premier couple égalitaire de leur histoire.

Superbia nous montre des êtres difformes, façon Picasso, avec des femmes ayant des seins énormes et des bras minuscules. Outre son animation réussie, le film n’est qu’un gloubi glouba incompréhensible. On a le sentiment d’assister à un trip de drogué tant le film est dénué de toute logique.

7 – JE SUIS GONG (Laurie Lasalle, France)

jesuisgong.com est un site de rencontre imaginaire : via des webcams disposées dans la cité de La grande Borne, à Grigny, des jeunes se rencontrent, se confrontent pour la première fois au hasard des connexions. Un portrait de la jeunesse d’aujourd’hui, où douceur, violence et confessions se mêlent à la poésie : le film est inspiré de Je suis Gong, poème d’Henri Michaux.

Assez drôle, ce récit de banlieue tombe parfois dans les pièges et clichés de la banlieue. On salue l’intelligence du récit construit comme un site de rencontre en réel, mais tout cela reste totalement vain, et ce, malgré l’énergie des jeunes comédiens.

6 – QUE VIVE L’EMPEREUR (Aude Léa Rapin, France)

Les troupes napoléoniennes sont massées aux portes de Waterloo. Le temps presse, le soldat Bébé cherche un bataillon pour rejoindre la grande armée qui se lancera demain à l’assaut des Anglais. Avec sa femme Ludo, sur le parking, dans leur tente, ils vivent les dernières heures avant la chute de l’Empire.

Je dois avouer que j’ai dû quitter la salle quelques minutes avant la fin du film. Ce que j’en ai vu correspond à mon impression, un film moyen, banal et assez insignifiant. L’histoire de cette reconstitution historique, à la mode en ce moment, laisse assez indifférent au final.

Passons au TOP 5 :

5 – IMPORT (Ena Sendijarevic, Pays Bas)

En 1994, une jeune famille de réfugiés bosniaques se retrouve dans un petit village des Pays-Bas après l’obtention de leur permis de séjour. Les situations absurdes surviennent alors qu’ils essaient de faire de ce nouveau monde leur maison.

Un récit assez intéressant, qui suit de manière chorale, cette jeune famille de réfugiés au travers de leur péripéties sur une seule et même journée. Cela donne un résultat assez intéressant, même si le message final proposé par le film parait assez léger.

4 –  DECORADO (Alberto Vasquez, Espagne/France)

decorado

Le monde est un merveilleux théâtre, il est dommage que le casting y soit déplorable.

Decorado est un court-métrage d’animation espagnol totalement barré sur ce qui fait le décor de nos vies. Sympathique et drôle, le film ose beaucoup de choses (le fantôme proposant au personnage de se masturber). Dommage que le film a un goût d’inachevé où l’essentiel (le paysage de nos vie est totalement artificiel) reste trop en surface.

3 – IL SILENZIO (Giovanni Pompili, Farnoosh Samadi, Italie/France)

183524

Fatma et sa mère sont des réfugiées kurdes en Italie. Chez le médecin Fatma doit traduire pour sa mère ce que le docteur dit mais elle garde le silence.

Ce court-métrage aborde un sujet délicat : comment annoncer à sa mère qu’elle souffre gravement d’un cancer. Les cinéastes se servent de la barrière de la langue et de la question des réfugiés (des choses universelles) pour aborder un sujet intimiste au possible sur la relation mère/fille. La photographie est soignée et brute et sert ce récit captivant et émouvant.

2 – LA CAROTTE (Balázs Lengyel, Hongrie)

arton6935-06f86

Andrei trouve une énorme carotte dans un champ. Il rassemble sa famille pour l’aider à creuser, mais des scientifiques qui travaillent à proximité sur l’énergie nucléaire vont prendre connaissance de sa trouvaille. Andrei va tout faire pour garder son trésor et nourrir sa famille.

(Désolé pour la photo, je n’ai pas trouvé mieux), mais « La carotte » est un court-métrage qui parvient parfaitement à méler différents genre : le drame social (par la famine de cette famille), le thriller, la comédie et le fantastique. Cette sorte de fable de découverte d’une carotte géante fusionne humanisme et fantastique, au travers d’une mise en scène élégante qui appuie sur le différentiel entre le gigantisme de l’objet et l’aspect minuscule de cette famille, dans un conflit d’échelle intelligent.

1 – L’ENFANCE D’UN CHEF (Antoine de Bary, France)

L'enfance d'un chef, prix du public amplement mérité !

L’enfance d’un chef, prix du public amplement mérité !

Vincent a vingt ans, c’est un jeune comédien à succès à qui on vient d’offrir le premier rôle dans le film de l’année : le biopic sur la jeunesse de Charles de Gaulle. Au même moment, ses parents partent vivre à Orléans et le poussent à emménager seul. Le film suit ses premiers pas dans l’indépendance.

1ère place incontestable pour « L’enfance d’un chef », un court-métrage absolument brillant, qui suit Vincent Lacoste (qui joue son propre rôle) vivre son indépendance. Cette comédie sur fond d’apprentissage, aussi bien de la vie que d’un rôle d’un cinéma. Et quel rôle, celui du Général de Gaulle ! Vincent Lacoste y est encore drôlissime par sa  nonchalante attachante, faisant de lui un des meilleurs acteurs de sa génération. On reproche simplement la durée trop courte du film qui aurait mérité être développé en long-métrage ! Le public ne s’y est pas trompé en lui décernant le Prix (du public) !!

Voilà comment s’achève ce 36ème FIFAM, un peu court je sais (par mes obligations à côté), j’espère que vous aurez eu plaisir à lire ces articles, et je vous retrouve très très vite sur Nos Meilleurs films !!

 

email