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Festival international du festival du film d’Amiens 2018 : Résumé de la journée du Samedi 10 Novembre


38ème édition du Festival international du film d’Amiens, et oui déjà ! Une semaine après le Festival du film d’Arras, place au Festival du film d’Amiens, le plus important et le plus ancien dans l’ancienne région Picardie ! Au programme de cette édition : l’intégrale de la filmographie de Barbet Schroeder, une rétrospective aux films noirs mexicains, un hommage au cinéaste Idrissa Ouedraogo ou encore une sélection de films en compétition et une autre pour le jeune public.

Cette année, j’ai pu me rendre à deux journées au Festival du film d’Amiens, le samedi 10 et dimanche 11. Pas de possibilités le mercredi 14 pour des raisons professionnelles de dernière minute.

Nous étions donc Samedi 10 novembre, sous une météo exécrable (pluie et vent), que débute ce Festival, une fois l’accréditation récupérée, place aux films :

10h : TERRA FRANCA (Leonor Teles)

Sur les berges du fleuve Tejo, un homme vit entre la tranquillité du fleuve et les relations qui le rattachent à la terre. Filmé aux quatre saisons, Terra Franca fait le portrait de la vie du pêcheur portugais Albertino, entouré de sa femme Dalia et de ses filles, dont l’aînée s’apprête à se marier. La fin d’un cycle de vie, à hauteur de barque et de regard.

Présenté dans la compétition documentaires, TERRA FRANCA est un film qui nous transporte au Portugal, et suit Albertino, sa femme Dalia et ses filles dans une petite bourgade au bord du fleuve nourricier. Pêcheur, Albertino fait ce qu’il peut pour subvenir aux besoins de sa famille en pêchant et vendant des poissons, malgré les contraintes liées au métier, et aux normes de plus en plus strictes. D’une durée assez courte (1h22), TERRA FRANCA a la particularité d’être tourné sur une année entière, et suit donc sur quatre saisons ce pêcheur portugais abrupte et sa famille atypique. La fille d’Albertino s’apprête à se marier, et l’on suit les préparatifs de ce mariage sous l’angle du père qui voit sa fille lui être « volée » comme il le dit. Bénéficiant d’une sublime photographie, TERRA FRANCA mérite d’être vu de par son approche sociologique et proche des gens, avec notamment la présence de plans rapprochés, au plus près des corps et des aspirations psychologiques des personnes.

Néanmoins, Terra Franca pêche (oui, cette blague est facile) par l’aridité de son scénario. Le personnage d’Albertino ne se livre quasiment pas face caméra, ce qui ne le rend pas toujours attachant pour le spectateur. Les conversations ne comportent pas toujours de l’intérêt, tandis que le film traîne souvent en longueur. De plus, on regrette que TERRA FRANCA ne nous dit pas grand chose du Portugal d’aujourd’hui, le film reste auto-centré sur la famille et leur vie quotidienne. Les dialogues se focalisent uniquement autour de la nourriture, du travail ou du prix exorbitant d’un aspirateur (qui revient comme un running-gag). Les seules choses que l’on apprend sur le Portugal, c’est que les portugais adorent le foot (et particulièrement Cristiano Ronaldo) et mangent souvent du poisson. Quelles découvertes ! Mis à part ces bémols, TERRA FRANCA reste un documentaire plaisant et drôle sur la vie d’une portugaise, et sur l’évolution déchirante d’un père qui voit sa fille se marier sur quatre saisons.

Note : 67%

Malheureusement, comme souvent, le Festival du film d’Amiens a encore fait des siennes avec de très nombreux soucis techniques (deux séances annulées dont une au dernier moment), un rideau qui se referme plusieurs secondes sur l’écran, un décalage entre le son et l’image, des courts-métrages étrangers projetés sans sous-titres, des problèmes de communication entre les membres du FIFAM. Mais le pire réside dans cette compétition des courts-métrages…

12h30 et 16h30 : Compétition courts-métrages, programmes 1 et 2

La compétition des courts-métrage est sans aucun doute la plus grosse déception de ce week-end au Festival !! Sur les 12 films présentés, j’ai pu en visionner 9, manque de temps entre les séances. Mais cette compétition a déçu de bout en bout.

Dans le premier programme, j’ai pu voir 2 films : AUSENCIA du cinéaste colombien Andrès Tuleda présent. Et MARY AND 7 DWARFS, court-métrage estonien de Riho Unt.

AUSENCIA : Bernarda une paysanne de 82 ans, doit faire face à la perte et au deuil de son mari, victime d’une guerre qui elle ne voit pas mais qui elle peut ressentir. Une guerre qui tombe comme la brume du haut de la montagne, laissant tout sur son passage en blanc.

En traitant le sujet de l’absence, « Ausencia » dresse le portrait d’une paysanne octogénaire, qui va cacher à ses enfants la mort de son père (et donc de leur père). Le film parle de la guerre en toile de fond sans jamais la montrer, en adoptant le point de vue d’une femme qui reste seule. Même si la photographie est de grande qualité (les brouillards superbement filmés), « Ausencia » manque d’une narration plus musclée, rendant le film assez long et inexpressif. L’interprétation de Marina Corridor (la grand mère du cinéaste) est toutefois à saluer.

MARY AND 7 SWARFS : Ayant passé toute sa vie derrière les murs du couvent, Soeur Maria, vieille et digne, a décidé de réaliser son rêve d’enfance. Le seul obstacle est sa mémoire fragmentaire, voire quasi-inexistante. Elle a peur que son rêve ultime s’avère être un péché.

Produit par les studios Nukufilm (auquel le FIFAM avait déroulé une rétrospective il y’a quelques années), MARY AND 7 SWARFS avait tout pour me plaire : une fantaisie assumée, de sublimes graphismes ou encore une réflexion sur le temps qui passe et la mémoire. Malheureusement, « Mary and 7 swarfs » s’enferme dans de longs dialogues autour de la religion et s’étale dans une pseudo poésie qui désintéresse complètement le spectateur. Une très grosse déception.

Notons que le film « The last well » qui dépeint une guerre de l’eau en 2037 en Croatie commençait de manière passionnante. Malheureusement, je n’ai pas pu visionner ce film dans son intégralité.

Passons au deuxième programme de courts-métrage que j’ai pu voir cette fois dans son intégralité :

DOWN THERE : Une nuit douce et paisible est soudain interrompue par un cri venant du bas de l’immeuble. On assiste aux différentes réactions qui se déclenchent ainsi qu’à l’indifférence implacable.

Ce film chinois de Zhengfan Yang a pour ambition de démontrer l’indifférence de plusieurs personnes à une personne qui crie dans la rue. Pendant dix minutes, on reste avec une caméra fixe sur cet immeuble où l’on voit les réactions des habitants de chaque appartement de l’immeuble. Au vu du scénario, « Down there » aurait pu être un formidable film. Mais en demeurant en plan-séquence pendant 10 minutes sur cette façade d’immeuble, « Down there » s’étale en longueur et perd toute sa puissance. Il aurait été plus judicieux et préférable de faire des cuts à l’intérieur des appartements, en renforçant le scénario, en montrant ce qui se passe réellement à l’extérieur. Ici, le film s’enferme dans des cliquètements stylistiques au lieu de développer un scénario plus élaboré.

UNE FILLE DE OUESSANT : Autrefois, les hommes de Ouessant travaillaient tous sur des bateaux laissant l’île presque uniquement aux femmes. En plongeant dans les archives, la réalisatrice s’identifie à Barba, une fille de Ouessant, dont le père a disparu en mer sans laisser de traces.

Très peu de choses à dire sur ce court-métrage monocorde et monotone absolument inintéressant. En prenant la forme d’un documentaire, « Une fille de Ouessant » développe une approche sociologique et historique (autour de la disparition du père de Barba, disparu en mer). La voix-off agit un somnifère puissant et ennuie au possible.

WHEN I GROW UP I WANT TO BE A BLACK MAN : Un homme noir court à travers un champ.
Un homme noir court sur une plage.
Un homme noir court à travers une ville.
L’homme noir court toujours, il est toujours poursuivi, il court toujours…
Courir pour sauver sa vie
Un homme noir court vers la liberté.

De ce synopsis assez intriguant naît un court-métrage fourre tout. En adoptant la forme d’un film expérimental, on suit en split-screen (écran séparé en deux images côte à côte) un même homme dans deux situations différentes, se ponctuant par « FREEDOM » et « ESCLAVAGE ». Plombé par une bande-son expérimentale plombante, criarde et incompréhensible (merci de projeter des courts-métrages avec des sous-titres français), le film propose une approche très programmatique sans jamais  éclairer son discours. Bref, une nouvelle désillusion.

IL PLEUT SUR OUAGA :  Il pleut sur Ouaga. C’est la saison des amours, le pays se reconstruit après la révolution. Alpha s’apprête à rejoindre sa bien-aimée en France. Mais sa rencontre avec Leïla lui ouvre les yeux.

Sans être un chef d’oeuvre, « Il pleut sur Ouaga » nous propose enfin un vrai scénario, avec une vraie histoire. La particularité du film est de nous montrer Ouagadougou à l’antithèse des clichés que l’on peut avoir (avec cette saison des pluies). Le film raconte aussi une histoire d’amour entre Alpha et Leila, une fille qu’il pensait inatteignable. Assez drôle, « Il pleut sur Ouaga » a l’avantage d’être un peu original et de proposer un récit enfin bien construit. Indéniablement, le meilleur des quatre courts-métrages proposés dans ce 2ème programme. Le troisième suivra demain.

22h : J.F PARTAGERAIT APPARTEMENT (Barbet Schroeder)

Jolie informaticienne new-yorkaise, célibataire depuis peu, Allison cherche une colocataire et retient finalement Hedra, une jeune fille timide et réservée. Au fil des jours, et alors que l’ancien amoureux d’Allison revient, le comportement d’Hedra devient inquiétant. En admiration pour sa colocataire, elle imite sa silhouette et sa coiffure, s’immisce dans sa vie privée, jusqu’à un point de non-retour.

Dernier film projeté en ce samedi, « J.F partagerait appartement » fait parti de la rétrospective consacrée à Barbet Schroeder. Sorti en 1992, il nous propose de faire connaissance avec Allison qui vient de se séparer de son compagnon. Pour ne pas se retrouver seule, elle va se lancer à la recherche d’une colocataire. Ce sera Hedra, une jeune femme à l’apparence discrète, mais peut-être bien plus menaçante que prévue. Porté par Bridget Fonda et Jennifer Jason Leigh, « J.F partagerait appartement » est un thriller parfaitement bien pensé. Le parallèle entre ce film et le cinéma de Roman Polanski est criant. On pense tour à tour à « Rosemary’s baby » pour l’atmosphère inquiétante, « Le locataire » dans ce brouillage des identités, et bien entendu au dernier film du cinéaste franco-polonais « D’après une histoire vraie », avec l’irruption d’une femme chez une femme, dans le but de l’aider, avant de la « dévorer ».

Thriller passionnant de bout en bout, « J.F partagerait appartement » développe un scénario malin autour de l’identité double qui parvient à instiller de la tension, d’abord avec des petits détails puis en développant le caractère mystérieux et inquiétant d’Hedra. Même si la photographie montre que le film a quelque peu vieilli, « J.F partagerait appartement » est un thriller bien ficelé qui enchaîne les rebondissements avec une vraie maîtrise.

Note finale : 76%

Le résumé de la journée du Dimanche arrive très vite ! Gardez l’oeil ouvert !

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