Actualités

Festival Cinémondes de Berck-sur-mer : Critiques de « Graziella » et « Le goût des myrtilles »


Après s’être déroulé à Lille depuis 2005, le Festival Cinémondes, (un festival international du film indépendant) se délocalise cette année à Berck-sur-mer du mardi 9 au dimanche 14 juin. Après avoir programmé près de 550 films, réunis plus de 40 000 spectateurs et accueilli de nombreux invités (Albert Dupontel, Yves Boisset, Jean Becker, Jean-Marc Barr, Claude Miller ou encore Benoit Délepine entre autres), le festival arrive donc à berck et plus particulièrement au nouveau Cinos, cinéma flambant neuf, ouvert il y’a un an. Cinémondes propose une programmation exigeante orientée sur des réalisations d’auteur du monde entier d’hier et d’aujourd’hui, d’ici et d’ailleurs, avec des films contemporains inédits en France, avec des oeuvres issues du patrimoine régional et international. Cinémondes s’inscrit dans la création d’espaces d’échanges autour d’une cinématographie de qualité accessible à tous. En cela, je tiens à saluer l’initiative de délocaliser ce Festival de Lille à Berck sur mer (hormis que ce soit plus proche de chez moi), cela permet de tisser un événement dans une ville plus petite qui n’a pas forcément accès aux films plus exigeants, et tout ça dans un cadre particulièrement beau en bord de mer. Espérons que le Festival perdure à Berck l’an prochain.

Cette année, Cinémondes rendait hommage à Philippe Noiret, dont l’affiche du festival lui était consacrée, avec plusieurs films projetés (« L’ami de Vincent », « Coup de torchon », « L’horloger de Saint-Paul » ou encore le formidable « Le Vieux fusil »). Le cinéaste burkinabé Gaston Kaboré était l’invité d’honneur de ce Festival, et l’on y trouvait également un focus sur l’actrice mythique Lauren Bacall. Enfin, et c’est ce qui m’a le plus intéressé, c’est la sélection officielle, avec 8 films projetés, avec un film belgo-québécois en avant-première « Je suis mort mais j’ai des amis », mais aussi un film turc « Les chants de mère », un film dominicain « Dolares de Arena », les films français « Faire l’amour » et « Graziella », le mauricien « Lonbraz Kann », le marocain « Karyan Bollywood », le hongro-slovaque « Mirage », le sénégalais « Dakar trottoirs » et le belge « Le goût des myrtilles ».

Ainsi, j’ai eu la chance d’assister à deux projections en ce samedi 13 juin (j’aurais voulu plus mais un lumbago très fort depuis deux jours m’a contraint à ne voir que deux films) : « Le goût des myrtilles » du cinéaste Thomas de Thier (en sa présence) et « Graziella de Mehdi Charef (en sa présence également).

Michel Piccoli et Natasha Parry

Michel Piccoli et Natasha Parry

Alors que le film n’a pas encore de date de sortie officielle, « Le goût des myrtilles’ fait le tour des festivals depuis quelques mois (j’avais déjà aperçu sa présence au Festival de Beauvais, dont je vous avais parlé en avril dernier). Ce film est l’occasion de retrouver Michel Piccoli, plus discret depuis plusieurs années (la force de l’âge oblige). Après une carrière parmi les plus riches du cinéma français (« César et Rosalie », « Max et les ferrailleurs », « La grande bouffe », « Le souper » ou encore « Habemus Papam »), c’est l’occasion de le retrouver en compagnie de Natasha Parry. Si l’on peut reprocher beaucoup de choses au film, il faut saluer la symbiose parfaite des deux acteurs, qui sont parfaits et totalement complémentaires dans leur rôles. Deuxième long-métrage de Thomas De Thier (après « Des plumes dans la tête » en 2003), le cinéaste a affirmé travailler dans l’ornithologie. Et cela se voit à l’écran! Le cinéaste filme la nature avec malice et gourmandise, alors que le film raconte un pique-nique hebdomadaire d’un couple usé par le temps ensemble. Jeanne s’endort et à son réveil, son mari a disparu et l’obscurité gagne peu à peu la forêt.

Thomas De Thier disait vouloir faire en sorte que son film soit « un voyage sensoriel » qui laisse de la place aux spectateurs. De cette intention plus que louable naît un film qui m’a perdu dans ses dédales visuels, certes très beaux, mais qui oublie toute narration. En effet, le film crée une atmosphère très particulière, entre la nature qui grouille d’éléments et une relation des personnages avec peu de dialogues. Si l’aspect sensoriel peut plaire et si l’on reconnaît une mise en images très belle et réussie, le manque cruel de narration et de tension dramaturgique et le confusion (voulue par le cinéaste) dans certaines scènes empêche toute entrée dans un film, qui aurait presque gagné à être plus ramassé pour être un court-métrage (ou un moyen-métrage). Le film très contemplatif sur la nature en mouvement et en symbiose avec ses personnages en fin de vie étant une représentation, certes intéressante mais pour un résultat assez soporifique.

Voici la bande annonce du film « Le goût des myrtilles » pour vous faire une idée :

Rossy de Palma

Rossy de Palma

Quelques minutes après la fin de la projection du « Goût des myrtilles », j’ai pu assister à la projection de « Graziella », film sorti en salles le 3 juin dernier. Réalisateur et romancier d’origine algérienne, Medhi Charef était présent pour livrer son nouveau film. Cette présentation était l’occasion pour le réalisateur de saluer la prestation de ses deux acteurs « plein de failles » : Rossy De Palma, égérie de Pedro Almodovar (et qui vient de faire parti du jury du dernier Festival de Cannes), qui a le profil d’un Picasso comme il le définissait, et Denis Lavant au physique de « vieux loup » pour reprendre les termes du cinéaste. « Graziella », c’est d’abord l’histoire de deux détenus qui finissent leur peine à l’extérieur avec le bracelet electronique, sous le regard d’Alice une ancienne prostituée.

C’est d’abord et avant tout un film sur la dualité et la rédemption, qu’il s’agissent des deux personnages complémentaires ou des choix des personnages (où pour gagner de l’argent, ils vont participer à une roulette russe filmée, ce que le cinéaste a avoué que cette pratique avait malheureusement tendance à se démocratiser dans les banlieues). Medhi Charef connait l’univers carcéral et livre un film parfois inégal mais jamais tiède. En abordant ces deux personnages cabossées par la vie (les personnages secondaires sont tout autant marginalisés), le film, assez sombre, prend parfois aux tripes (dans les scènes de roulette russe justement), même si on aurait apprécié un peu plus d’émotion et un peu moins de confusions narratives, où les non-dits ont une fâcheuse tendance à se détacher du récit. Malgré cela, le duo De Palma/Lavant fonctionne parfaitement, la mise en scène cherche constamment à instaurer une tension dramatique (le jeu des miroirs participent à créer un rapport de force entre les personnages) et possède un certain charme désuet. S’il aborde des choses contemporaines de la société (dans ce qu’elle a de plus mauvais), Charef trouve son point d’équilibre en le rattachant à quelque chose qui ne soit pas trop tape à l’oeil en teintant son récit d’une certaine nostalgie. Si on peut regretter que le film ne soit pas le film noir qu’il aurait pu être, il n’en reste pas moins un film tendre et terrible, aux ambitions louables, mais écrasé par les non-dits.

Et voilà, la bande-annonce de « Graziella », en salles depuis le 3 juin :

Cinémondes 2015, c’est déjà fini pour moi (à cause de ce fichu mal de dos), alors que j’avais prévu deux autres films : « Mirage » (film hongrois de Szabolcs Hadju) et « Faire l’amour » ( film français de Djinn Carrénard et Salomé Blechmans). Et je regrette aussi que certains films qui s’annonçaient intéressants n’aient pas été projetés ce samedi (comme « Lombraz Kann » et « Dakar trottoirs »). Ce n’est que partie remise, en espérant que ce festival riche et varié puisse continuer dans la très belle ville balnéaire de Berck-sur-mer.

 

email