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« 9 mois ferme » : rencontre avec notre bien-aimé Albert Dupontel


Mercredi 9 octobre 2013, au Forum des Images de Paris
A l’avant-première de son dernier long-métrage « 9 mois ferme » (sortie prévue mercredi prochain), Albert Dupontel nous a fait le plaisir de nous retrouver en fin de séance au Forum des Images à Paris, pour répondre à nos questions.  Voici un compte-rendu de cet entretien.

Pas de spoil mais toutefois prenez garde : quelques scènes-clef du film sont ici dévoilées.

  • Réalisateur(s): Albert Dupontel
  • Acteurs principaux: Albert Dupontel, Sandrine Kiberlain, Nicolas Marié
  • Date de sortie: 16/10/2013
  • Nationalité: Française
Albert Dupontel lors de la rencontre à l'avant-première de son dernier film "9 mois ferme", au Forum des Images à Paris, le mercredi 9 octobre 2013.

Albert Dupontel lors de la rencontre à l’avant-première de son dernier film « 9 mois ferme », au Forum des Images à Paris, le mercredi 9 octobre 2013.

 

C’est donc un Albert Dupontel tout de noir vêtu, humble et accessible, que nous avons rencontré à la fin de la projection du film, et qui a lancé d’emblée un jovial « Salut les geek ! » au public (il s’agissait d’une projection privée où la plupart des spectateurs étaient des blogueurs passionnés de septième art).

Dès le départ, le réalisateur nous explique que l’idée de cette comédie lui est venue en visionnant le documentaire de Raymond  Depardon « 10e chambre. Instants d’audience ». Sorti en France le 2 juin 2004 (105mn), ce film dévoile le quotidien de la justice française à la 10e chambre du tribunal correctionnel de Paris, et ce à travers 12 cas réels présentés sans ajouts de commentaires. La présidente Michèle Bernard Requin, ancienne avocate et procureur, est à la source de l’inspiration d’Albert Dupontel pour son personnage principal, Ariane Felder (Sandrine Kiberlain). Il nous précise que lui-même connaît un peu la justice, puisqu’il est venu jadis à la barre pour un délit d’excès de vitesse. C’est donc un milieu qu’il avait envie de filmer.

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Spectateur : À travers le titre « 9 mois ferme », vouliez-vous dénoncer quelque-chose ? Pourquoi ce choix ?
Albert Dupontel : Non pas du tout, la justice n’a pas besoin de moi pour être. Je voulais à l’origine réaliser une histoire d’amour improbable. Dans tous mes films c’est ce que je cherche : montrer une rencontre entre des individus pour lesquels justement, dès le départ, il y a peu de probabilité de rencontre.  Pour Ariane Fleder par exemple, dès le début du film cette femme se raconte sa vie ; cela transparaît avec le rendu un peu scolaire de la voix-off en bande-son. Puis petit à petit elle va se révéler à elle-même. C’était tout simplement ça le sens de l’écriture du scénario.

 

Spectateur : Combien de temps cela vous a pris pour écrire le scénario ?
AD : 18 mois d’écriture. Ce n’est pas toujours le cas. Là je me suis enfermé dans une chambre en Espagne, en décembre 2010, en me jurant de ressortir avec un scénario. Ce dernier a évolué en fonction des acteurs, etc., par exemple avec Sandrine, qui est arrivée tardivement dans le casting.

Spectateur : Justement, comment en êtes-vous arrivés au choix de Sandrine Kiberlain pour le rôle principal ?
AD : Sandrine, ça a été un heureux accident. Aujourd’hui je n’arrive pas à imaginer quelqu’un d’autres dans le rôle, ça veut dire que c’est celui qui l’attendait. Au début, dans le projet en anglais, j’avais prévu de prendre Emma Thompson.

Spectateur : Pourquoi jouez-vous le rôle de Bob ?
AD : Dans la version anglaise encore une fois, j’avais pensé à Ewan McGregor mais il n’était pas intéressé. Je n’écris pas pour me donner un rôle. Mais jouer avec les actrices me rapproche d’elles. J’obtiens plus en participant.

Spectateur : Comment venez-vous à construire vos personnages ?
AD : C’est assez intuitif, il n’y a pas d’analyse précise et psychologique. Je n’aime pas trop la psychologie dans les films et quand je suis acteur j’essaie d’en faire le moins possible. Il suffit de chercher et de croquer les gens qu’on voit autour. Je descelle assez facilement chez les gens les mêmes doutes que ceux que j’ai en moi : on voit toujours chez les autres ce qu’on redoute chez soit, ceci est une phrase de Balzac, c’est juste, et c’est aussi assez pratique. Plus je vieillis plus je vois des gens autour de moi et donc je me dis que c’est évident que telle ou telle personne a peur de ça ou qu’elle a envie de ça, etc. Mes personnages sont un cumul de toutes ces personnes que j’ai pu croiser.

Spectateur : Comment introduisez-vous les gags dans vos films ? Certains vous font rire et après vous les injectez dans le scénario ?
AD : L’histoire de « 9 mois ferme » est sérieuse et noire ; c’est celle d’une femme qui va accoucher d’un monstre. Je passe du temps à rendre les personnages crédibles. Quant aux gags est-ce-qu’ils font partie d’une séduction sociale ? Je ne sais pas, mais j’ai une envie profonde de les intégrer au scénario. En matière de référence, j’aime beaucoup Chaplin. Je pense à des gags, je les inclus dans le scénario et je me dis : « je vais essayer de vous distraire avec ça ».En cours de montage, j’accentue également la comédie.

Spectateur : Le tournage a-t-il vraiment eu lieu au Palais de Justice ?
AD : Pour les autorisations c’est compliqué. La scène du réveillon a été tournée dans la salle Saint-Louis de l’ancien Palais.  C’était gênant d’y être car c’est un lieu où se passent normalement beaucoup de tragédies. Quelques extérieurs ont été tournés au Palais de Justice. Tout le reste a été fait dans un hôtel particulier désaffecté de Paris. En tout, nous avons utilisé 13 décors.

Spectateur : Récemment je regardais une vidéo sur le cinéma. Une personne disait que le septième art c’est vraiment la façon de créer du rêve et d’élaborer des images rêvées. Et justement c’est exactement ce que j’ai vécu , avec le plan du bébé et cette image un peu « spatiale ». C’est très réussi.
AD : L’idée était de montrer le temps qui passe des six mois aux neuf mois. Au début de la rotation, le bébé a six mois, puis après on passe et il a neuf mois. Il y avait un fondu lumière particulier sur la prise de plateau donc j’ai réduit l’image dans l’éclairage du plateau à une petite étincelle d’étoile. C’est également ce qu’on peut voir à travers un bébé dans un liquide amniotique. C’est aussi une évocation de l’univers, l’astuce est belle. Et ce passage est certainement inconsciemment  une référence à Kubrick et à tous les gens qui ont fait cela.  Au départ le but était de montrer le temps qui passe. C’est une petite ellipse.

Spectateur : Tout le scénario est-il écrit ou laissez-vous une place à l’improvisation ?
AD : Il y a eu une seule scène improvisée, c’est celle autour du berceau, au moment du choix des prénoms. Elle était d’ailleurs tellement improvisée que j’ai hésité pendant longtemps à la laisser dans le film ; je trouvais qu’elle n’avait pas la même architecture que le reste. Mais après l’avoir montrée à plusieurs reprises, les gens l’acceptent volontiers – peut-être parce-que c’est la fin du film et qu’ils veulent s’en aller – j’ai donc décidé de la garder. Sinon tout est très écrit mais je fais des répétitions et j’encourage les acteurs à changer le plus possible s’ils le souhaitent. Parfois ce que moi je trouve drôle, dans leur bouche ça ne l’est plus, et ils ont des meilleures solutions. Sandrine était une actrice très fidèle au texte, elle y tenait. Nicolas Marié (Maître Trolos) c’était un peu un fou donc il a fallu cadrer par rapport à ce qu’il faisait. Ce qui est amusant dans le cadre de sa plaidoirie, c’est lorsqu’il évoque les anthropophages de Nouvelle-Guinée, ça existe. Le livre « De l’inégalité parmi les sociétés », de Jared Diamond (paru en 1997), un ethnologue très connu, parle de cela. Dans les années 50, ils ont découvert  qu’en Nouvelle-Guinée les gens qui étaient dans les montagnes étaient cannibales, et pas ceux sur les plages, car ils avaient un manque de protéines. Cela nous a fait rigoler. On a toujours le secret espoir d’étudier les masses, en « loosdé ». Nicolas a beaucoup travaillé, il s’est réapproprié le personnage. Globalement ils sont tous fidèles à un texte précis et il y a aussi beaucoup de scènes qui disparaissent au montage. Il y a une phrase que j’aimais bien chez Philippe Duquesne, le médecin légiste (qui s’appelle le docteur Toulate, puisque dans la version anglaise ça devait être le Docteur Toolate). A l’origine le dialogue avec Sandrine, dans le labo, durait plus longtemps et il lui disait « Vous pouvez m’en dire un peu plus ? Pourquoi voulez-vous cet ADN ? », ce à quoi elle répondait « c’est une histoire politique ». On sentait que le mec était très concerné par la politique, c’est pourquoi il y a une photo du Che Guevara dans la salle d’autopsie. Ce médecin légiste est en réalité un vieux rebelle. Et il lui répond « Aaah, c’est toujours pareil, des buissons qui peuvent bloquer l’enquête » et de rajouter « la société c’est l’inverse de la montage, plus on monte plus ça pue ». Cette phrase me faisait beaucoup rigoler, c’était complètement con ! Mais au montage ça a disparu car ça ralentissait petit-à-petit le film, qui a gagné en intérêt, car il parvient à rassembler le plus important de tout le reste. Donc toutes ces petites répliques qui m’amusaient beaucoup dans l’écriture on disparu. .

Spectateur : Pendant le film il  y a beaucoup de moments où vous arrivez très bien à capter ces instants de gêne de la vie de tous les jours, qui peuvent être très simples mais qui mettent extrêmement mal à l’aise. Par exemple, je pense à cette séquence où le juge drague Ariane très lourdement et finit par chanter en descendant l’escalier, il continue sans jamais s’arrêter. C’est très gênant et on finit par rigoler malgré tout. Il y a également cette scène où vous êtes devant la porte de l’appartement d’Ariane et vous allez partir. Vous venez d’apprendre que vous êtes le père de l’enfant. C’est incroyablement bien capté. Comment dirigez-vous ce genre de scène ?

 AD : Très simplement. Ces scènes sont très écrites donc j’ai une idée précise de ce que je veux faire par rapport à ça. Même en didascalie il y a écrit « moment de gêne entre les deux ». Par exemple, il y a ce plan un peu vicieux où on croit qu’il va l’embrasser à un moment donné puis en fait c’est juste pour écouter contre la porte. Ce n’est pas innocent, c’est fait exprès. Sandrine et Bob sont deux inhibés qui ont beaucoup de mal à communiquer sur le plan affectif. Pour moi la scène était claire. Aux répétitions c’est passé comme une lettre à la poste. Ce genre de scène est simple à écrire, en revanche il faut savoir pourquoi elle est là. Le jour où on fait la tourne aux répétitions, je cherche ce sentiment de gêne. Et puis avec Sandrine ça se faisait sans souci. A partir du moment qu’on sait ce qu’on cherche on finit par trouver.

Quelques secondes de silence parmi les spectateurs, pas d’autres questions, Albert Dupontel conclue : « Je vais vous laisser repartir à vos claviers  alors … ». Merci pour cette rencontre !

 

L'acteur Philippe Duquesne dans le rôle du médecin légiste, le docteur Toulate.

L’acteur Philippe Duquesne dans le rôle du médecin légiste, le docteur Toulate.

Pour plus d’informations sur le film, vous pouvez consulter le page Facebook d’Albert Dupontel , qui répondra à vos questions.

 

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  • dasola

    Bonsoir, j’étais présente à cette soirée. J’avoue avoir préféré la séquence « questions-réponses » avec A. Dupontel (que j’ai trouvé très sympathique) que son film lui-même. Ca coince pour les scènes « gore » en ce qui me concerne. Et puis je trouve que le film manque un peu de tendresse au vu du sujet. Bonne soirée.